« Oui, l’Europe peut mourir au printemps », Tribune de Laurent Hénart dans « Le Monde »

Publié le samedi 22 septembre 2018

Pro-Euro demonstrators silhouetted through a European flag gather during a rally in the northern Greek city of Thessaloniki, Monday, June 22, 2015. Greece has finally offered economic reforms that creditors consider potentially acceptable, giving Prime Minister Alexis Tsipras a couple days to turn a spirit of goodwill into a deal that might keep the country from a painful exit from the euro currency. (AP Photo/Giannis Papanikos)

« Oui, l’Europe peut mourir au printemps »
Laurent Hénart, coprésident du Mouvement radical social et libéral, appelle, dans une tribune au « Monde », à dépasser les contingences nationales en vue des élections européennes de mai 2019

Tribune. Voici une dizaine d’années maintenant que les forces populistes ont déclaré la guerre à l’Europe. A la démocratie représentative, aux libertés, à l’ouverture au monde. Portées par la crise de 2008 et la déstabilisation des sociétés occidentales, elles sont arrivées au pouvoir en Pologne, en République tchèque, en Autriche, en Hongrie. La vague déferle, et rien ne semble pouvoir l’arrêter, ni les doutes qui entourent le Brexit, ni le désordre international semé par Donald Trump, ni la dérive de l’Italie, pays frère, nation fondatrice de l’Union, terre pourtant meurtrie par le fascisme il y a à peine trois générations.

Partout, les mêmes anathèmes, la même pensée unique souverainiste. Pas une journée sans amalgames entre les migrants et les réfugiés, les élus et la mafia, la presse et la propagande, l’étranger et le chômage. Entre Bruxelles et les marchés financiers. Pas une année sans que l’on constate un recul de la liberté d’expression et des droits des populations fragiles ou minoritaires.

Quarante ans après la première session du Parlement européen élu au suffrage universel, sous la présidence de Simone Veil, il est de plus en plus évident, pour les Français qui chérissent l’idéal d’une construction continentale humaniste, que les élections de mai seront les plus dramatiques de notre histoire contemporaine. Oui, l’Europe peut mourir au printemps prochain.

Barrer la route au populisme

Imaginons en effet que la France envoie à son tour un signal populiste. Un scénario tout à fait vraisemblable. Après tout, plus de la moitié des suffrages exprimés au premier tour de l’élection présidentielle de 2017 agrégeaient des aspirations extrémistes et populistes, de droite et de gauche.

Avec nos adhérents, avec Sylvia Pinel, le Mouvement radical, social et libéral achèvera ce week-end à Montpellier la préparation de son projet européen. Nous seront présents dans l’élection de mai prochain et nous pouvons, nous aussi, bâtir une liste sous nos couleurs. Mais en ce moment historique, ne faut-il pas donner sa chance au rassemblement des Européens ? En examiner les conditions ?

Maire de Nancy, métropole d’une région profondément européenne, et coprésident du Mouvement radical, social et libéral, porteur d’une philosophie fondatrice de la République et artisan de la construction européenne depuis l’après-guerre, j’appelle à un changement complet d’approche du scrutin européen, au sommet de l’Etat et chez l’ensemble des responsables politiques. Ceux de l’« ancien monde », qui, en bons opposants, appellent sans surprise à un vote sanction, comme ceux du « nouveau monde », qui semblent obnubilés par la défense de l’exécutif français.

« Non-alignés bienveillants et déterminés »

A son engagement personnel pour l’Europe et au rôle pivot qu’il a attribué à la défense du projet européen dans la conduite de son action, le président de la République doit ajouter la clarification de la stratégie de son parti. La République en marche va-t-elle encore faire cavalier seul ? Monter une liste fermée pour défendre le gouvernement, son bilan, son influence ?

Ce serait hélas – et comme toujours – rendre le débat européen prisonnier de contingences politiciennes nationales. Ce ne serait pas à la hauteur de l’enjeu. Car l’enjeu est bien de donner une majorité au Parlement européen et un cap à la Commission. L’enjeu est de construire une force qui veut transformer l’Europe et barrer la route au populisme. C’est dans cet esprit que les radicaux participent à l’Alliance des libéraux et des démocrates pour l’Europe.

Aujourd’hui, la rupture française de 2017 n’est pas duplicable à l’Europe. L’hégémonie du pouvoir présidentiel propre à notre pays n’existe pas chez les autres membres de l’Union, qui pour l’essentiel vivent dans des démocraties représentatives équilibrées, y compris sur le plan territorial, grâce au fédéralisme.

Surtout, il faut faire travailler ensemble celles et ceux pour qui l’idéal européen est au-dessus de tout. Il faut tendre la main, des sociaux-démocrates, comme Pierre Moscovici, à la droite modérée, incarnée à Bruxelles par Michel Barnier, en passant par les mouvements écologistes indépendants et les centristes proeuropéens… Nous pouvons être, pour la cause européenne, des « non-alignés bienveillants et déterminés ». Des partenaires prêts à dépasser les contingences partisanes pour écrire un vrai projet parlant aux Français.

Engageons un combat collectif pour sauver l’idéal européen, la plus grande inspiration de l’Occident, ce mode de présence sur la terre qui nous importe bien davantage que nos différences idéologiques.

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