Le radicalisme de gauche dans la réunification

Publié le lundi 8 avril 2019

LH et HH

Motion adoptée à l’occasion du Congrès du 9 mars 2019

 Au cœur de l’engagement de chaque militant radical, il y a la République, qui est notre héritage le plus solide et la plus grande promesse d’émancipation que nous puissions porter.

Beaucoup d’entre nous se sont engagés dans les rangs du parti radical de gauche parce que nous considérions que la République était notre premier combat et que ce combat s’inscrivait nécessairement à gauche. Ce fut la conviction d’une grande majorité des dirigeants radicaux à travers l’histoire, et c’est au nom de cet engagement à gauche que les radicaux ont pu léguer à la République deux de ses fondements les plus précieux : la laïcité et la solidarité, qui ont toujours été pour nous les deux faces d’un même idéal, celui du progrès humain et de l’émancipation de l’individu par l’éducation, la liberté de l’esprit et le respect de la dignité de chacun.

Cette conviction continuera de nous animer jusqu’au bout, et si 85% de nos élus et militants ont voté la réunification des radicaux en congrès il y a un an, ce n’est pas pour l’abandonner, ni pour nier le clivage droite-gauche, mais au contraire pour réaffirmer que la République est la mère de toutes les batailles et qu’au moment où les grands partis de gouvernement s’effondrent, au moment où les extrêmes se font de plus en plus menaçants, le premier devoir d’un militant sincèrement attaché à la République est de participer au rassemblement de tous ceux qui croient en elle, en commençant par ceux qui, au Parti radical, ont partagé si longtemps notre histoire et nos valeurs.

C’est le projet qui fonde le Mouvement radical. Il implique que nous puissions porter efficacement nos idées et nos propositions au sein du nouveau mouvement. Or, force est de constater que, ces dernières années, les radicaux de gauche ont passé plus de temps à s’interroger sur leur alliance avec le Parti Socialiste qu’à travailler sur le fond et que cette alliance nous a privés des moyens d’exister au moment décisif où les Français se sont tournés vers un discours et un positionnement politiques qui auraient dû être les nôtres.

Ce fut l’échec de l’année 2017, où, de renoncement en renoncement, le PRG a été amené à soutenir Manuel Valls puis Benoît Hamon, avant de s’enferrer définitivement dans un accord législatif avec le PS qui ne pouvait que s’avérer désastreux parce que, compte tenu des positions idéologiques et politiques affichées par un appareil socialiste moribond, cette alliance était devenue profondément contraire à notre identité et à nos valeurs. Preuve ultime de cet échec : à une exception près, la totalité des candidats aux législatives issus des radicaux de gauche, à commencer par notre présidente, ont été élus sur une ligne de majorité présidentielle autre que celle officiellement portée par le PRG.

C’est pour tourner cette page d’impuissance politique que la réunification a été proposée par nos dirigeants et finalement votée par les militants. Personne ne pouvait penser qu’elle se ferait simplement. Un important travail a été effectué à la base, dans les fédérations, pour la rendre possible, mais aujourd’hui, notre responsabilité est de rappeler que la réunification ne réussira qu’à la condition que les radicaux de gauche fassent entendre leur voix au sein du nouveau mouvement, jouent réellement le jeu de la démocratie militante et s’engagent à fond dans le débat interne pour y faire accepter, au niveau national, un certain nombre de conditions.

Au premier rang des conditions de succès de notre nouveau mouvement, il y a évidemment l’indépendance des radicaux.

 

Dans ce débat qui nous anime aujourd’hui, il faut rappeler que cette indépendance ne peut pas être une série de refus et de postures qui nous rejetteraient dans une opposition systématique au président de la République. Ce n’est pas la tradition radicale, ce n’est pas ce que les Français attendent de nous et cela nous conduirait immanquablement à nous enfermer à nouveau dans l’alliance socialiste dont nous avons voulu nous libérer. Si chacun peut comprendre qu’un certain nombre d’élus dans certaines régions soient sensibles à la nécessité de conserver cette alliance en vue des prochaines élections régionales, force est de leur rappeler que ce n’est pas la voie de l’indépendance que nous avons décidé de défendre.

Inversement, cette indépendance est aussi incompatible avec un rattachement à la majorité présidentielle, qui n’a à ce jour jamais été discuté, ni même proposé. Le radicalisme, ses valeurs, ses propositions et son histoire, ne peuvent pas se diluer dans une autre formation, et nous ne devons pas non plus nous lier les mains dans une alliance programmatique alors même que notre nouveau mouvement doit d’abord construire et faire connaître ses propositions.

 

La spécificité radicale reste en effet entière sur des chantiers où nos propositions vont parfois beaucoup plus loin que celles de la majorité – c’est le cas de la transition écologique, de la décentralisation, de la présence des services publics dans les territoires, de l’économie sociale et solidaire ou encore de la régulation financière.

Dans un certain nombre de domaines, nous attendons même que le Mouvement radical réaffirme lors de son congrès sa volonté de s’opposer à des idées de réformes que les radicaux ont toujours combattues et qu’ils ne pourront pas accepter, à commencer par la modification de la loi de 1905, loi fondatrice et nécessaire que tout gouvernement républicain a la responsabilité de défendre de façon intransigeante.

Pour autant, personne ne conteste que nous devons être capables de travailler avec la majorité sur les projets qui nous rapprochent et lorsque nous estimons qu’il en va de l’intérêt du pays. C’est ce que nous avons fait sur la défense de l’école publique ou sur les réformes économiques dont nos entreprises ont besoin pour affronter la compétition internationale.

Sur la question européenne, les radicaux ne peuvent que partager la vision lucide et courageuse défendue par la France et par le Président de la République. Cet engagement est de nature à nous rassembler et s’inscrit totalement dans le combat mené par les radicaux depuis les pères fondateurs de l’Europe issus de notre parti que furent Maurice Faure ou Maurice Bourgès-Maunoury.

Sur tous ces sujets, notre premier devoir est de rappeler que la première marque de l’indépendance des radicaux, c’est d’abord notre capacité à porter nos idées par nous-mêmes et à nous faire entendre dans le débat public, ce qui, depuis un an, n’a plus été le cas, du moins en ce qui concerne les anciens radicaux de gauche.

C’est la raison pour laquelle il est indispensable qu’un important chantier programmatique soit lancé lors du congrès radical, qui aille au-delà des travaux de l’Atelier et se concrétise dans un véritable programme politique capable de rassembler le nouveau mouvement.

Les idées ont toujours été le ciment de l’unité radicale, y compris lorsque le choix des alliances nous a parfois divisés. Ce fut sans doute une erreur d’avoir acté la réunification en 2017 sans décider en même temps de la mise en chantier d’un véritable programme. Les radicaux ont souvent servi de laboratoire d’idées à gauche comme à droite. Libres de tout passif idéologique, mais porteurs du grand héritage républicain, humaniste et laïc, nous avons été les premiers à proposer la VIème République, les premiers à revendiquer la décentralisation, les premiers à avancer des solutions concrètes en faveur de la justice fiscale par la création d’un grand impôt progressif. Les radicaux sont depuis longtemps à l’avant-garde de la défense des libertés publiques et sur les questions de société comme l’égalité des droits pour les conjoints ou le droit de mourir dans la dignité. Aujourd’hui encore, le projet radical reste d’actualité et s’appuie sur une analyse lucide et réaliste de la société et de ses évolutions.

La reconstruction d’un courant de pensée républicain, laïc et social doit être au cœur des priorités de la future direction nationale car elle conditionne la clarification de notre ligne et de notre stratégie politique.

Cette reconstruction suppose également que soient scrupuleusement respectées les conditions de l’indépendance radicale fixées lors de la convention nationale de juin 2018 sur l’Europe ou aux universités de Montpellier : à défaut de liste autonome et en cas de rassemblement des forces pro-européennes, les radicaux ne pourront accepter d’être candidats sur une liste dont la composition et l’équilibre en feraient une liste de la seule majorité présidentielle. L’arc politique de ce rassemblement se doit d’être beaucoup plus large que la majorité du président. Des sociaux-démocrates et des écologistes clairement ancrés à gauche devront y figurer, non seulement parce que l’espace du centre-gauche non socialiste est naturellement celui dans lequel le Mouvement Radical a vocation à exercer sa capacité de rassemblement, mais aussi parce que notre formation politique ne saurait être intégrée à une liste qui ne serait perçue que comme une liste de centre-droit. Enfin, les radicaux devront garder la possibilité d’exprimer leurs différences, notamment sur les questions de démocratisation et d’intégration politiques qui sont au cœur de notre projet pour la Commission européenne.

Ce sont là des conditions indispensables pour que cette liste soit crédible et que nous puissions la soutenir. L’enjeu du scrutin est européen, il ne peut être national. Les pro-européens doivent arriver en tête du scrutin, et non l’extrême-droite, adressant ainsi un signal fort de la résistance française aux populismes et aux nationalismes : c’est un combat fondamental dont les radicaux ne peuvent pas être absents et dans lequel nous nous devons de prendre nos responsabilités.

Au nom de l’indépendance, nous demandons enfin que soit réaffirmée l’autonomie politique des fédérations dans le choix de leur stratégie électorale aux municipales, conformément aux statuts du nouveau mouvement et à la tradition des radicaux.

Un an après la réunification votée en congrès, la très grande majorité des militants et des élus radicaux croit plus que jamais à la nécessité de la réunification, du rassemblement, conditions indispensables à la renaissance du radicalisme. En un an, de nombreuses tensions ont été surmontées, un important travail de reconstruction interne a été réalisé. Il reste à prolonger ce travail au niveau national par la constitution d’une direction nationale cohérente et rassembleuse, capable de parler d’une voix unie et forte. Cette nouvelle étape politique devra être menée dans le débat et la prise en compte des sensibilités de chacun. C’est ce que nous défendrons lors du congrès et ce que nous attendons des partenaires avec lesquels nous nous sommes engagés.

Harold HUWART

Vice-président du Conseil régional du Centre-Val-de-Loire

Président de la fédération d’Eure-et-Loir

 

 

Premiers signataires :

Gery BRASSEUR-DELCOURT, membre du Bureau national

René LEUCART, Président de la fédération de Moselle

Christian BRISSET, membre du Comité antional, Secrétaire de la fédération de Loire Atlantique

Michel CEGIELSKI, Président de la fédération du Gard

Kira BACAR ADACOLO, Président de la fédération de Mayotte

Patrice LE BORGNIC, membre du Comité national, Secrétaire de la fédération du Morbihan

Marc POMMIES, délégué au Congrès

Yvon GLATRE, fédération de Haute-Garonne

Fédération de Guadeloupe

Michel NEVEU, Président de la fédération de la Mayenne

Laurine ROUX, membre du Bureau national, fédération du Bas-Rhin

Monique BOULESTIN, membre du Bureau national

Damien BERTRAND-FORBOTEAUX, délégué au Congrès, fédération de la Marne

Eric HINTERMANN, Président de la fédération de Haute-Savoie

Michel BOTTREAU, fédération de l’Aveyron

 

 

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